30.11.2011
La crise de la dette se retourne contre l'euro-mark
La crise de la dette se retourne contre l'euro-mark
Le mercredi 23 novembre marquera peutêtre un tournant dans la crise de la dette publique. Ce jour-là, pour la première fois depuis longtemps, l'Allemagne n'a pas réussi à placer sur les marchés ses obligations d'état à un taux jugé trop faible par les investisseurs. Explications.
Voilà des mois que les hommes politique, les experts, les économistes, les journalistes, et, bien entendu, les banquiers, nous le répètent : si la crise s'est installée en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, et maintenant en France, ni les banques ni les agences de notation n'y sont pour rien. Et d'ailleurs, ajoutent-ils fréquemment : si votre enfant a de la fièvre, jeter le thermomètre à la poubelle ne sert à rien. Au contraire, le thermomètre rend service, il vous informe de ce que la santé de votre enfant - ou de votre économie - n'est pas bonne.
Conclusion : regardez la fourmi allemande ! Elle ne jette pas l'argent par les fenêtres, elle a resserré la dépense publique, les salaires, et cet effort est récompensé par le divin marché : pour rembourser sa dette publique, l'Allemagne emprunte à des taux incroyables, moins de 2% ! La cigale française, elle - bouh qu'elle est vilaine ! - emprunte à des taux de plus en plus élevés, presque le double de ceux que l'on consent à la fourmi !
Oui mais il faut se méfier des gens qui nous parlent comme à des enfants en nous racontant des fables à dormir debout. Il faut se méfier du sens commun. Le simple bon sens, lui, commanderait plutôt de se poser des questions : pourquoi des économies et donc des modèles aussi différents que l'Irlande, la Grèce et l'Espagne sont-ils touchés par ce même problème de dette publique ? Et pourquoi des pays qui sont tout aussi endettés que les états malades de l'Europe peuvent-ils continuer à emprunter à des taux beaucoup plus bas alors que leur endettement est comparable ou même supérieur (cas du Japon ou des Etats-unis) ? Et pourquoi, finalement, les états sont-ils contraints d'emprunter à des taux de 4, 5, 6 ou même 10% quand les banques de ces mêmes états empruntent, elles, à moins de 2% ?
Les marchés, comme on persiste à dire dans les médias pour ne pas expliquer ce qui se passe vraiment, les marchés, donc, nous ont donné hier une bonne leçon. La fourmi allemande a peiné à trouver des emprunteurs pour la dette allemande. Six milliards pour dix ans étaient donc proposés aux investisseurs au taux de 1,8%, faiblissime donc (surtout avec une inflation qui avoisine 2%), où elle était proposée. L'Allemagne a dû se contenter de vendre 3,6 milliards d'obligations, à un taux de 1,96%, le solde étant souscrit par la Bundesbank, la Banque centrale allemande.
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